Je ne sais pas ce qui me fait le plus panteler d’émoi dans les vignettes animées ci-dessous, datées de ce 16 avril 2025 et en provenance de l’increvable univers du talk-show amerloque (rappelons ici que le talk-show amerloque est probablement l’une des seules formes de vie qui, avec les rats, les puces et les scorpions, saura subsister à l’effondrement du monde et/ou à un hiver nucléaire).
Il y a bien sûr – et contre toute attente, ou contre toute fatalité – la satanée surprise de retrouver Randy Newman, 81 ans au compteur, dont j’avais fini par penser qu’il s’était enfoncé en silence dans les dernières brumes de son existence. Mais il y a en vérité plus que cela encore. Car si l’ours de Californie apparaît quelque peu amaigri et rabougri derrière son piano, sa musique et ses mots, eux, dansent bel et bien encore. D’abord, son chant affiche une qualité de craquelure qui l’élève de quelques crans supplémentaires sur l’échelle du tremblement qui tue. Ensuite, il faut voir (et entendre) ce que le bien-nommé Newman fait de la fatigue naturelle due à son âge : il la convertit en un subtil jeu de patience, dégainant désormais la triple lame de la musicalité, de la poésie et de la vacherie avec les lentes élégances et la chorégraphie suspendue d’un vieux samouraï. Et c’est ainsi que brillent plus que jamais I Think It’s Going to Rain Today – ses accords et ses cadences plagales dignes des plus beaux hymnes baptistes – et Political Science – cette cinglante épée faite chanson que rien n’émousse, 53 ans après sa sortie de la forge (et surtout pas la surenchère d’idiotie et de brutalité de ces derniers mois, qui à son endroit semble même jouer le rôle de pierre d’aiguisage).
Je ne céderai pas à la tentation de la formule-choc en affirmant que Randy Newman est mon – nôtre – dernier ami américain ; car nous en avons évidemment bien d’autres. Mais je n’ai pas peur d’avancer qu’il fera assurément partie de ceux dont je me souviendrai quand, pour moi, sonnera l’heure de plier bagage.


Laisser un commentaire