De grands petits livres #1 – “Sur le chemin des glaces – Munich-Paris du 23.11 au 14.12.1974”, de Werner Herzog

Marguerite Martin, Carnet sans nom, 2018.
Marguerite Martin, Carnet sans nom, 2018.

     C’est un ouvrage dont le déroulement procède soit par enchaînements naturels, soit par enchevêtrements bruts, presque anarchiques – Herzog n’apporte pas de soin particulier à la cimenterie, pas plus qu’il ne se soucie de la régularité des lignes. Des images frisent l’hallucination, comme cette jeune fille blême qui, du côté de Joinville, s’effondre sur les marches de l’église (“On lui a passé de l’eau fraîche sur les lèvres, mais elle a préféré la mort.”). Ces instantanés ont le vif d’un coup de lame planté au cœur du réel ; lequel réel ne semble jamais palpiter autant qu’au moment où il se laisse transpercer par la lance du regard. Dès les premières pages, par exemple, on lit : “Dans un champ détrempé, un homme prend une femme. L’herbe est couchée et sale.”  Et c’est tout, et l’œil s’en trouve comme déshabillé pour le compte – il ne récupèrera ses effets qu’une fois le livre refermé, si toutefois il y tient absolument. Juste en-dessous, paragraphe suivant, ce fol enchaînement, qui pourrait bien résumer toute l’affaire : “Tant de choses passent dans la tête de celui qui marche. Le cerveau : un ouragan. Un accident a failli se produire juste devant moi. J’ai une passion pour les cartes géographiques. Les matches de football commencent : sur des terrains labourés, on trace la ligne médiane.”

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