Enfourcher la fatigue

In the midst of life
We are in death

        (Henry “toujours le mot pour rire” Purcell
in Funeral Sentences for Queen Mary)

{Janvier 2022}
Etude à partir des Paysans de Kasimir Malevitch. {mars 2022}
{Mars 2022}
{Janvier 2022}

  1. Au risque de tomber bien bas dans l’estime de quelques âmes amies qui me sont chères, je dois confesser être resté totalement insensible à la grandeur pourtant proverbiale de Persona – une œuvre qui, montée et présentée comme un labyrinthe mental, une excursion au cœur du psychisme humain, m’évoque plutôt quelque fastidieuse et édifiante aventure spéléo-psychologique, accomplie avec de bien lourds godillots aux pieds (Mulholland Drive de Lynch m’est tombé des yeux pour la même raison).
    Reste son indéniable beauté plastique… et puis l’inoubliable monologue de la femme médecin interprétée par Margaretha Krook, que pour tenter d’atténuer mon crime de lèse-génie suédois, je recopie ici intégralement : “Tu ne crois pas que je comprends ? Rêver vainement d’exister. Ne pas avoir l’air, être réellement. À chaque instant consciente, vigilante. Mais un abîme sépare ce qu’on est pour les autres et pour soi-même. Sensation de vertige et désir constant d’être enfin découverte. D’être mise à nu, découpée en morceaux et peut-être même anéantie. Chaque intonation, un mensonge ; chaque geste, une tromperie ; chaque sourire, une grimace… Se suicider ? Oh ! non, c’est affreux. Ça ne se fait pas. Mais on peut être immobile. Et silencieuse. Au moins on ne ment pas. On peut se replier, on peut s’enfermer en soi. Alors plus de rôle à jouer, plus de grimace à faire, plus de geste mensonger. Du moins, on croit. Mais la réalité est obstinée. Ta cachette n’est pas étanche. La vie s’infiltre partout. Tu es obligée de réagir. Personne ne se demande si c’est réel ou non, si tu es vraie ou fausse. Il n’y a qu’au théâtre que ces questions comptent. Et encore… Je te comprends, Elisabeth. Je comprends que tu te taises, que tu sois immobile. Que tu aies monté cette apathie en un système fantastique. Je te comprends et je t’admire. Tu devrais jouer ce rôle jusqu’à ce qu’il soit épuisé. Qu’il ait perdu tout intérêt. Alors tu l’abandonneras. Comme, petit à petit, tu as quitté tes autres rôles.” ↩︎

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